Cours complet : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Le theatre est un genre litteraire fonde sur le principe de la double enonciation : le texte est a la fois adresse aux autres personnages sur scene et au public dans la salle. Cette dimension spectaculaire distingue le theatre des autres genres et en fait un art vivant, en perpetuelle reinvention.
Du theatre classique du XVIIe siecle aux formes contemporaines, le genre a connu des transformations majeures. Le XVIIe siecle fixe les regles de la tragedie et de la comedie, le XVIIIe siecle invente le drame bourgeois, le XIXe siecle le drame romantique, et le XXe siecle deconstruit les conventions theatrales pour inventer un theatre de l'absurde et de la mise en scene.
L'étude du theatre invite a considerer a la fois le texte et la représentation, car une piece n'existe pleinement que sur scene, dans l'interaction entre acteurs, metteurs en scene et spectateurs.
1. Le theatre classique du XVIIe siecle
Le XVIIe siecle est l'age d'or du theatre francais. Sous l'influence de l'Academie et des theoriciens comme l'abbe d'Aubignac, le theatre classique se dote de regles strictes : les trois unites (temps, lieu, action), la vraisemblance et la bienseance. Ces regles visent a concentrer l'action dramatique et a produire un effet maximal sur le spectateur.
La tragedie classique, illustree par Corneille et Racine, met en scene des personnages de haut rang confrontes a des conflits insolubles entre passion et devoir. Corneille (Le Cid, 1637 ; Horace, 1640) cree le heros cornelien, capable de se transcender par la volonte. Racine (Phedre, 1677 ; Andromaque, 1667) represente des heros prisonniers de passions destructrices, dans un univers clos et fatal.
Moliere domine la comedie avec des oeuvres qui melent farce et haute comedie, divertissement et critique sociale. Tartuffe (1664), Le Misanthrope (1666), L'Avare (1668) et Le Malade imaginaire (1673) proposent une galerie de caracteres qui incarnent les travers humains.
2. Le renouvellement theatral au XVIIIe siecle
Le XVIIIe siecle remet en question la separation stricte entre tragedie et comedie. Marivaux, avec Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) et Les Fausses Confidences (1737), cree une comedie subtile qui analyse la naissance du sentiment amoureux : le marivaudage designe ce langage raffine de la seduction.
Beaumarchais bouleverse la comedie avec Le Barbier de Seville (1775) et Le Mariage de Figaro (1784). Figaro, valet intelligent et insolent, incarne la contestation de l'ordre social et annonce la Revolution. Le monologue de Figaro (acte V, scene 3) est un requisitoire contre les privileges de la naissance.
Diderot theorise le drame bourgeois, genre intermédiaire entre tragedie et comedie, qui met en scene des personnages ordinaires dans des situations pathétiques de la vie quotidienne. Cette innovation annonce le theatre moderne.
3. Le drame romantique et le theatre du XIXe siecle
Le drame romantique nait de la contestation des regles classiques. Victor Hugo, dans la preface de Cromwell (1827), rejette les trois unites, reclame le melange des genres et des registres (sublime et grotesque) et revendique la liberte totale de l'artiste. Hernani (1830) provoque une celebre bataille entre anciens et modernes.
Le drame romantique met en scene des heros marginaux, passionnes et revoltes, souvent victimes de la fatalite sociale. Musset, dans Lorenzaccio (1834), cree un anti-heros dechiré entre idealisme et corruption. Ses Comedies et proverbes proposent un theatre de l'intime et de la verite psychologique.
La seconde moitie du XIXe siecle voit l'essor du theatre naturaliste et symboliste. Zola prone un theatre qui reproduit fidelement la realite, tandis que Maeterlinck (Pelleas et Melisande, 1892) invente un theatre symboliste, atmosphere et poetique.
4. Le theatre du XXe siecle : renouveau et ruptures
Le XXe siecle transforme radicalement le theatre. Dans les annees 1950, le theatre de l'absurde deconstruit le langage et l'action dramatique. Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950 ; Rhinoceros, 1959) montre l'incommunicabilite et la deshumanisation. Beckett (En attendant Godot, 1953) met en scene l'attente vaine et la condition humaine reduite a l'essentiel.
Parallelement, un theatre engagé se developpe avec Sartre (Huis clos, 1944 : L'enfer, c'est les autres) et Camus (Caligula, 1944). Genet (Les Bonnes, 1947) explore les jeux de pouvoir et de masques.
La mise en scene devient un art autonome avec des figures comme Antoine Vitez, Peter Brook ou Ariane Mnouchkine. Le metteur en scene s'impose comme un createur a part entière, qui propose une lecture personnelle du texte. Le theatre contemporain explore aussi l'ecriture du plateau, l'improvisation et la performance.
5. Le theatre contemporain : nouvelles ecritures
Le theatre contemporain se caracterise par l'eclatement des formes et la diversite des ecritures. Jean-Luc Lagarce (Juste la fin du monde, 1990) explore la crise familiale a travers une parole empechee et repetitive. Bernard-Marie Koltes (Roberto Zucco, 1990) cree un theatre de la marginalite et de la violence.
Wajdi Mouawad (Incendies, 2003) propose un theatre epique et tragique qui interroge les guerres et les origines. Joel Pommerat renouvelle la creation collective et l'ecriture de plateau avec des spectacles comme Les Marchands ou Ca ira (1) Fin de Louis.
Le theatre contemporain brouille les frontieres entre les disciplines : danse-theatre (Pina Bausch), theatre documentaire, theatre immersif. La question de la représentation et du rapport au spectateur est au coeur des preoccupations actuelles.
Conclusion
Du theatre classique du XVIIe siecle aux ecritures contemporaines, le theatre n'a cesse de se reinventer en interrogeant ses propres conventions. Genre de la parole vivante et de la représentation, il demeure un lieu unique d'exploration de la condition humaine et de rencontre entre artistes et spectateurs.
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