Cours complet : Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?
L'engagement politique designe l'ensemble des actions par lesquelles les citoyens participent a la vie politique. Dans les democraties, il prend des formes variees : vote, militantisme, manifestation, petition, engagement associatif, boycott.
Les formes de participation politique se sont transformees : le vote et l'adhesion a un parti reculent, tandis que les formes protestataires et les engagements ponctuels se developpent. Cette evolution pose la question d'une crise de la democratie representative.
L'analyse sociologique de l'engagement politique cherche a expliquer les determinants de la participation et les facteurs des transformations observees.
1. Les formes de l engagement politique
La participation politique conventionnelle inclut le vote, l'adhesion a un parti politique, la candidature a une election et le contact avec des elus. Le vote est la forme la plus repandue de participation politique en democratie.
La participation non conventionnelle (ou protestataire) comprend les manifestations, les greves politiques, les petitions, les boycotts, les occupations de lieux publics, le militantisme en ligne (cyberactivisme). Ces formes se sont largement banalisees.
Le repertoire d'action politique (Charles Tilly) designe l'ensemble des moyens d'action disponibles pour les acteurs politiques a une epoque donnee. Ce repertoire evolue historiquement : du repertoire local (jacqueries) au repertoire national (manifestations) puis au repertoire transnational (mouvements altermondialistes, climat).
Les nouveaux mouvements sociaux (Touraine, Inglehart) se distinguent des mouvements ouvriers traditionnels par leurs enjeux (environnement, feminisme, droits des minorites), leur organisation (horizontale, en reseau) et leurs participants (classes moyennes eduquees).
2. L abstention et la crise de la représentation
L'abstention progresse en France depuis les annees 1980, atteignant des niveaux records : plus de 50% aux legislatives et regionales, environ 25% a la presidentielle. Cette montee de l'abstention interroge la legitimite democratique.
L'abstention n'est pas uniforme : elle touche davantage les jeunes, les moins diplomes et les classes populaires, creant une 'fracture civique'. L'abstention est plus forte aux elections considerees comme moins importantes (locales, europeennes).
Plusieurs explications de l'abstention coexistent. L'abstention peut etre 'dans le jeu' (mecontentement, defiance envers les partis) ou 'hors du jeu' (desinterest, sentiment d'incompetence politique). La cens cache (Daniel Gaxie) designe l'auto-exclusion des moins instruits qui se sentent incompetents pour participer.
La defiance envers les institutions et les elus est croissante : selon le barometre de la confiance politique (CEVIPOF), moins de 30% des Francais font confiance aux partis politiques.
3. Les determinants sociaux du vote et de l engagement
Le vote n'est pas un choix purement individuel : il est influence par des variables sociologiques. Le modele de Columbia (Lazarsfeld) montre que le vote est determine par l'appartenance sociale (classe, religion, lieu de residence) : 'on pense politiquement comme on est socialement'.
Le modele de Michigan complete l'analyse par l'identification partisane : l'attachement durable a un parti, transmis par la socialisation familiale, explique la stabilite du vote.
Cependant, la volatilite electorale a augmente : les electeurs changent plus souvent de vote entre deux elections, ce qui traduit un affaiblissement des identifications partisanes et de l'influence des variables sociales classiques.
Le vote sur enjeu et le vote de classe : le clivage gauche/droite s'est brouille, remplace en partie par de nouveaux clivages (ouverture/fermeture, gagnants/perdants de la mondialisation). Le vote des classes populaires s'est fragmente entre abstention, extreme droite et gauche radicale.
4. Les transformations de l action collective
L'action collective designe les actions menees en commun pour atteindre des objectifs partages. Mancur Olson (1965) a pose le paradoxe de l'action collective : dans un grand groupe, chaque individu a interet a laisser les autres agir (passager clandestin), ce qui rend l'action collective improbable.
Les incitations selectives (avantages reserves aux participants) et les petits groupes permettent de depasser ce paradoxe. L'engagement ideologique, le sentiment d'injustice et la solidarite de groupe sont aussi des motivations importantes.
Les syndicats sont les acteurs traditionnels de l'action collective dans le monde du travail. En France, le taux de syndicalisation est faible (environ 11%, le plus bas de l'OCDE) mais la capacite de mobilisation reste forte (manifestations, greves).
Les nouvelles formes d'engagement se developpent : engagement ponctuel plutot que durable, causes specifiques plutot que projet global, organisation en reseau (reseaux sociaux) plutot que pyramidale. Le 'consommateur engage' (boycott, achat responsable) illustre cette evolution.
Conclusion
L'engagement politique se transforme : le vote et le militantisme partisan reculent au profit de formes protestataires et ponctuelles. L'abstention croissante souleve la question de la représentation democratique. Les nouveaux mouvements sociaux et le cyberactivisme renouvellent les formes d'action collective.
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