Cours complet : Histoire et violence
L'histoire humaine est marquee par la violence : guerres, revolutions, genocides, domination. La violence est-elle le moteur de l'histoire ou une aberration que la civilisation devrait surmonter ?
De la guerre juste a la violence revolutionnaire, de la violence symbolique a la non-violence, les penseurs ont cherche a comprendre et a juger la violence dans l'histoire.
La memoire et la justice transitionnelle posent la question du traitement collectif de la violence passee.
1. La violence comme moteur de l histoire
Hegel voit dans l'histoire un processus dialectique ou les conflits (guerres, revolutions) sont les moyens par lesquels l'Esprit se realise. La violence est la ruse de la raison.
Marx reprend cette dialectique : la lutte des classes est le moteur de l'histoire. La violence revolutionnaire est nécessaire pour abolir l'exploitation. La Commune de Paris (1871) est un moment fondateur.
Clausewitz définit la guerre comme la continuation de la politique par d'autres moyens. La violence n'est pas irrationnelle mais instrumentale, au service d'objectifs politiques.
Sorel, dans Reflexions sur la violence (1908), distingue la force (conservatrice, etatique) de la violence (revolutionnaire, emancipatrice). La greve générale est le mythe mobilisateur.
2. Critique de la violence et non-violence
Arendt, dans Sur la violence (1970), distingue pouvoir (capacite d'agir ensemble) et violence (instrument de coercition). La violence detruit le pouvoir ; elle est le signe de son echec.
Gandhi developpe la non-violence (ahimsa) comme strategie politique. La desobeissance civile resist a l'injustice sans recourir a la violence. La marche du sel (1930) en est l'exemple emblematique.
Martin Luther King s'inspire de Gandhi pour le mouvement des droits civiques. La non-violence n'est pas passivite mais resistance active et organisee.
Walter Benjamin, dans la Critique de la violence (1921), distingue la violence fondatrice de droit et la violence conservatrice de droit, et cherche une violence divine qui abolirait tout droit fonde sur la violence.
3. La violence extreme : genocide et deshumanisation
Le XXe siecle est marque par des violences extremes : Shoah, genocide des Tutsis au Rwanda (1994), guerres totales. Ces événements posent la question de la possibilite de la deshumanisation.
Primo Levi, dans Si c'est un homme (1947), temoigne de la deshumanisation dans les camps nazis. Le systeme concentrationnaire vise a detruire l'humanite des victimes avant de detruire leur vie.
Arendt, dans Eichmann a Jerusalem (1963), propose le concept de banalite du mal : le mal extreme peut etre commis par des individus ordinaires qui ne pensent pas, qui obeissent sans reflexion.
La violence de masse pose la question de l'indicible et de l'irrepresentable. Comment temoigner de l'horreur ? La litterature et l'art tentent de dire l'innommable.
4. Memoire, justice et reconciliation
La memoire collective des violences passees est un enjeu politique. Ricoeur, dans La Memoire, l'histoire, l'oubli (2000), analyse les rapports entre memoire, oubli et pardon.
Les commissions Verite et Reconciliation (Afrique du Sud, 1996) proposent un modele de justice transitionnelle : reconnaitre les crimes sans rechercher la vengeance, pour permettre la reconciliation.
Le devoir de memoire vise a empecher la répétition des violences. Mais Todorov, dans Les Abus de la memoire (1995), met en garde contre l'instrumentalisation de la memoire et la competition des victimes.
La question du pardon, analysee par Derrida et Jankelevitch, pose un dilemme : peut-on pardonner l'impardonnable ? Jankelevitch refuse le pardon pour les crimes nazis ; Derrida pense un pardon inconditionnel.
Conclusion
La violence traverse l'histoire comme moteur (Hegel, Marx) ou comme echec du pouvoir (Arendt). La non-violence (Gandhi, King) propose une alternative. Face a la violence extreme (Shoah), la memoire, le temoignage et la justice transitionnelle tentent de construire un apres.
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