Cours complet : Calcul intégral
Le calcul integral est l'un des deux piliers de l'analyse mathématique, avec le calcul différentiel. Il permet de donner un sens precis a la notion d'aire sous une courbe, de calculer des grandeurs cumulees (distances, volumes, travail d'une force) et de résoudre de nombreux problemes de modelisation. L'intégrale d'une fonction continue f entre deux bornes a et b se calcule grace aux primitives : c'est le théorème fondamental de l'analyse qui etablit le lien entre dérivation et intégration. Ce chapitre couvre la définition de l'intégrale, ses propriétés fondamentales (linearite, Chasles, positivite), la notion de valeur moyenne, le calcul d'aires entre courbes et l'axe des abscisses, et enfin l'intégration par parties qui etend considérablement les possibilites de calcul. Ces notions sont centrales au BAC et apparaissent dans la quasi-totalite des sujets d'examen. La maitrise de ce chapitre necessite une bonne connaissance des primitives, etudiees dans le chapitre précédent.
Prérequis
- Primitives : tableau des primitives usuelles, reconnaissance de formes composées
- dérivation : regles de dérivation, dérivées des fonctions usuelles
- Fonctions continues sur un intervalle : définition, propriétés
- Notion d'aire en géométrie : aires de rectangles, triangles, disques
- Fonction exponentielle et logarithme népérien
- Fonctions trigonométriques : cos, sin et leurs propriétés
1. intégrale d'une fonction continue
Soit f une fonction continue sur un intervalle [a, b] avec a <= b. L'intégrale de f de a a b, notee intégrale de a a b de f(x)dx, est définie comme la difference F(b) - F(a), ou F est une primitive quelconque de f sur [a, b]. Ce résultat est indépendant du choix de la primitive F, car si G est une autre primitive, G = F + C et G(b) - G(a) = F(b) + C - F(a) - C = F(b) - F(a). On note aussi [F(x)] entre a et b = F(b) - F(a). L'interpretation géométrique est fondamentale : lorsque f est positive sur [a, b], l'intégrale represente l'aire du domaine compris entre la courbe de f, l'axe des abscisses et les droites verticales x = a et x = b. Lorsque f est negative sur [a, b], l'intégrale est negative et son oppose donne l'aire du domaine situe sous l'axe des abscisses. Lorsque f change de signe, l'intégrale est une somme algébrique : les aires au-dessus de l'axe comptent positivement, celles en dessous negativement. Par convention, intégrale de b a a de f(x)dx = -(intégrale de a a b de f(x)dx), et intégrale de a a a de f(x)dx = 0. La variable x dans f(x)dx est une variable muette : on peut la remplacer par t, u ou tout autre nom sans changer la valeur de l'intégrale. Ce résultat, connu sous le nom de théorème fondamental de l'analyse, est le pont entre dérivation et intégration.
Méthode — Calculer une intégrale avec une primitive
- déterminer une primitive F de f sur [a, b] (sans constante C)
- Calculer F(b) et F(a) separement
- L'intégrale vaut F(b) - F(a)
- Attention a l'ordre : c'est F(borne sup) - F(borne inf)
- vérifier le signe du résultat par rapport au graphique de f
Exemple : Calculer I = intégrale de 1 a 3 de (2x + 1)dx.
- Trouver une primitive : F(x) =$x^2$ + x est une primitive de f(x) = 2x + 1.
- Calculer F(3) - F(1) : F(3) = 9 + 3 = 12. F(1) = 1 + 1 = 2. I = 12 - 2 = 10.
- vérifier : La fonction 2x + 1 est positive sur [1, 3], donc l'intégrale est positive. L'aire du trapeze correspondant est (f(1)+f(3))/2 * (3-1) = (3+7)/2 * 2 = 10. Coherent.
Exemple : Calculer J = intégrale de 0 a 1 de $e^(2x)$dx.
- Trouver une primitive : F(x) = (1/2)*$e^(2x)$ est une primitive de $e^(2x)$ (ne pas oublier le facteur 1/2).
- Calculer : J = F(1) - F(0) = (1/2)*$e^2$ - (1/2)*$e^0$ = (1/2)*($e^2$ - 1).
⚠️ Attention : Ne pas confondre l'intégrale (valeur algébrique) et l'aire (toujours positive). Si f est negative sur une partie de [a, b], l'intégrale n'est pas égale a l'aire. Pour obtenir l'aire, il faut prendre la valeur absolue sur les intervalles ou f est negative.
2. propriétés de l'intégrale
L'intégrale possede des propriétés fondamentales qui facilitent les calculs et les raisonnements. La linearite est la propriété la plus utile : pour toutes fonctions continues f et g sur [a, b] et tous réels alpha et beta, intégrale de a a b de (alpha*f(x) + beta*g(x))dx = alpha * intégrale de a a b de f(x)dx + beta * intégrale de a a b de g(x)dx. On peut donc intégrer terme a terme et sortir les constantes multiplicatives. La relation de Chasles affirme que pour tout c entre a et b (ou meme en dehors), intégrale de a a b de f(x)dx = intégrale de a a c de f(x)dx + intégrale de c a b de f(x)dx. Cette propriété est tres utile quand f est définie par morceaux ou quand elle change de signe en c. La positivite de l'intégrale est aussi fondamentale : si f(x) >= 0 pour tout x dans [a, b], alors intégrale de a a b de f(x)dx >= 0. En consequence, si f(x) >= g(x) pour tout x dans [a, b], alors intégrale de a a b de f(x)dx >= intégrale de a a b de g(x)dx (croissance de l'intégrale). L'inégalité de la moyenne en decoule : si m <= f(x) <= M pour tout x dans [a, b], alors m*(b-a) <= intégrale de a a b de f(x)dx <= M*(b-a). Ces propriétés permettent d'encadrer des intégrales sans les calculer explicitement, une technique tres prisee au BAC.
Méthode — Encadrer une intégrale sans la calculer
- déterminer un minorant m et un majorant M de f sur [a, b]
- Appliquer l'inégalité de la moyenne : m*(b-a) <= intégrale <= M*(b-a)
- Affiner l'encadrement si nécessaire en decoupant [a, b] en sous-intervalles (Chasles)
- vérifier la cohérence : l'intégrale doit etre comprise entre les deux bornes
Exemple : Encadrer I = intégrale de 0 a 1 de $e^($x^2$)$dx.
- étudier f(x) = e^(x^2) sur [0, 1] : f'(x) = 2x*$e^($x^2$)$ >= 0 sur [0, 1]. Donc f est croissante sur [0, 1]. Le minimum est f(0) =$e^0$ = 1 et le maximum est f(1) =$e^1$ = e.
- Appliquer l'inégalité de la moyenne : 1*(1-0) <= I <= e*(1-0), soit 1 <= I <= e.
⚠️ Attention : La relation de Chasles est valable meme si c n'est pas entre a et b. Par exemple, intégrale de 1 a 3 = intégrale de 1 a 5 + intégrale de 5 a 3 (attention au signe de la deuxieme intégrale si 5 > 3).
3. Valeur moyenne d'une fonction
La valeur moyenne d'une fonction continue f sur un intervalle [a, b] (avec a < b) est le nombre réel mu défini par mu = (1/(b-a)) * intégrale de a a b de f(x)dx. L'interpretation géométrique est la suivante : mu est la hauteur du rectangle de base [a, b] ayant la meme aire que le domaine sous la courbe de f. En d'autres termes, l'aire sous la courbe entre a et b est égale a l'aire du rectangle de largeur (b-a) et de hauteur mu. On a donc intégrale de a a b de f(x)dx = mu * (b-a). Le théorème de la moyenne (ou théorème des valeurs intermédiaires pour les intégrales) affirme que si f est continue sur [a, b], alors il existe au moins un réel c dans [a, b] tel que f(c) = mu. Autrement dit, la fonction f atteint effectivement sa valeur moyenne en au moins un point de l'intervalle. Ce théorème est la version intégrale du théorème des valeurs intermédiaires. La valeur moyenne intervient dans de nombreuses applications : temperature moyenne sur une journee, vitesse moyenne d'un mobile, concentration moyenne d'un produit chimique, puissance moyenne d'un signal electrique. Il est important de distinguer la valeur moyenne (qui utilise l'intégrale) de la moyenne arithmetique de quelques valeurs ponctuelles.
Méthode — Calculer la valeur moyenne d'une fonction
- Calculer l'intégrale de a a b de f(x)dx en utilisant une primitive
- Diviser le résultat par (b - a)
- Le nombre obtenu est la valeur moyenne mu
- Optionnel : résoudre f(c) = mu pour trouver le point c du théorème de la moyenne
Exemple : Calculer la valeur moyenne de f(x) =$x^2$ sur [0, 3].
- Calculer l'intégrale : intégrale de 0 a 3 de $x^2$ dx = [$x^3$/3] entre 0 et 3 = 27/3 - 0 = 9.
- Diviser par b - a : mu = 9 / (3 - 0) = 9/3 = 3.
- Verification et théorème de la moyenne : On vérifié : 0 = f(0) <= 3 <= f(3) = 9. La valeur moyenne 3 est bien entre le min et le max. De plus, f(c) = 3 donne $c^2$ = 3, c = sqrt(3) (dans [0, 3]).
⚠️ Attention : Ne pas oublier le facteur 1/(b-a) devant l'intégrale. La valeur moyenne n'est PAS l'intégrale elle-meme, mais l'intégrale divisee par la longueur de l'intervalle. Une erreur frequente est de confondre les deux.
4. Calcul d'aires
Le calcul d'aires est l'une des applications principales de l'intégrale. L'aire du domaine compris entre la courbe de f, l'axe des abscisses et les droites x = a et x = b se calcule differemment selon le signe de f. Si f est positive sur [a, b], l'aire est simplement l'intégrale de a a b de f(x)dx. Si f est negative sur [a, b], l'aire est l'oppose de l'intégrale : Aire = -intégrale de a a b de f(x)dx = intégrale de a a b de |f(x)|dx. Si f change de signe sur [a, b], il faut decouper l'intervalle aux points ou f s'annule et calculer separement sur chaque sous-intervalle : Aire = intégrale de a a b de |f(x)|dx. Pour l'aire entre deux courbes, si f(x) >= g(x) sur [a, b], l'aire du domaine compris entre les courbes de f et g est intégrale de a a b de (f(x) - g(x))dx. Si les courbes se croisent en un ou plusieurs points, il faut decouper l'intervalle aux points d'intersection et déterminer quelle courbe est au-dessus sur chaque sous-intervalle. L'unite d'aire (u.a.) depend des unites des axes : si 1 cm sur l'axe des x represente u_x et 1 cm sur l'axe des y represente u_y, alors 1 u.a. = u_x * u_y en unites metriques. Typiquement, si le repere est orthonorme avec 1 unite = 1 cm, alors 1 u.a. = 1$cm^2$. La gestion du signe est le point le plus delicat et la source d'erreurs la plus frequente dans les exercices de calcul d'aires au BAC.
Méthode — Calculer l'aire entre deux courbes
- déterminer les points d'intersection en resolvant f(x) = g(x)
- Sur chaque sous-intervalle, déterminer quelle courbe est au-dessus
- Sur un sous-intervalle ou f >= g : Aire = intégrale de (f - g)dx
- Sur un sous-intervalle ou g >= f : Aire = intégrale de (g - f)dx
- Additionner les aires de chaque sous-intervalle
Exemple : Calculer l'aire du domaine compris entre la courbe de f(x) =$x^2$ - 4 et l'axe des abscisses sur [-2, 3].
- déterminer ou f change de signe : f(x) = 0 quand $x^2$ = 4, soit x = -2 ou x = 2. Sur [-2, 2], f(x) <= 0 (par exemple f(0) = -4 < 0). Sur [2, 3], f(x) >= 0 (par exemple f(3) = 5 > 0).
- Calculer l'aire sur [-2, 2] (f negative) : Aire1 = -intégrale de -2 a 2 de ($x^2$ - 4)dx = -[$x^3$/3 - 4x] entre -2 et 2 = -[(8/3 - 8) - (-8/3 + 8)] = -[(-16/3) - (16/3)] = -(-32/3) = 32/3.
- Calculer l'aire sur [2, 3] (f positive) : Aire2 = intégrale de 2 a 3 de ($x^2$ - 4)dx = [$x^3$/3 - 4x] entre 2 et 3 = (9 - 12) - (8/3 - 8) = -3 - (-16/3) = -3 + 16/3 = 7/3.
- Aire totale : Aire = Aire1 + Aire2 = 32/3 + 7/3 = 39/3 = 13.
Exemple : Calculer l'aire entre les courbes de f(x) =$x^2$ et g(x) = x sur [0, 1].
- Comparer f et g sur [0, 1] : f(x) - g(x) =$x^2$ - x = x(x - 1) <= 0 sur [0, 1]. Donc g(x) >= f(x) sur [0, 1] : la droite y = x est au-dessus de la parabole y =$x^2$.
- Calculer l'aire : Aire = intégrale de 0 a 1 de (g(x) - f(x))dx = intégrale de 0 a 1 de (x -$x^2$)dx = [$x^2$/2 -$x^3$/3] entre 0 et 1 = 1/2 - 1/3 = 1/6.
⚠️ Attention : L'erreur la plus grave est d'oublier de gerer le signe de f. Si f change de signe sur [a, b], l'intégrale de a a b de f(x)dx ne donne PAS l'aire mais une valeur algébrique. Il faut imperativement decouper l'intervalle et prendre les valeurs absolues.
5. intégration par parties
L'intégration par parties (IPP) est une technique puissante qui permet de calculer des intégrales qu'on ne peut pas obtenir directement par le tableau des primitives. Elle decoule de la formule de dérivation d'un produit : (uv)' = u'v + uv', ce qui donne, en integrant entre a et b : intégrale de a a b de u'(x)*v(x)dx = [u(x)*v(x)] entre a et b - intégrale de a a b de u(x)*v'(x)dx. Le principe est de transformer une intégrale difficile en une intégrale plus simple. Pour cela, on choisit judicieusement u' et v dans le produit a intégrer, de sorte que le produit u*v' soit plus facile a intégrer que u'*v. Les cas typiques sont : pour intégrer x*$$e^x $$, on pose v = x et u' =$$e^x $$ (car la dérivée de x simplifie l'expression) ; pour intégrer x*cos(x), on pose v = x et u' = cos(x) ; pour intégrer x*$ln(x)$, on pose v =$ln(x)$ et u' = x (car $ln(x)$ se derive plus simplement qu'il ne se primitive). La regle mnemonique LATE (Logarithme, algébrique, trigonométrique, Exponentielle) aide a choisir v : on prend v en priorite dans l'ordre L-A-T-E. Certaines intégrales necessitent deux IPP successives, comme intégrale de $x^2$*$$e^x $$ dx. L'IPP peut aussi servir a etablir des formules de récurrence entre intégrales. Les intégrales de reference a connaitre sont : intégrale de $ln(x)$dx = x*$ln(x)$ - x + C, obtenue par IPP avec v =$ln(x)$ et u' = 1.
Méthode — Appliquer une intégration par parties
- Identifier les deux facteurs du produit a intégrer
- Choisir v (la fonction a dériver) et u' (la fonction a primitiver) selon la regle LATE
- Calculer v' (dérivée de v) et u (primitive de u')
- Appliquer la formule : [u*v] entre a et b - intégrale de u*v' dx
- Calculer le crochet [u*v] entre a et b
- Calculer la nouvelle intégrale (qui doit etre plus simple)
- Si elle n'est pas directement calculable, envisager une deuxieme IPP
Exemple : Calculer I = intégrale de 0 a 1 de x*$$e^x $$ dx.
- Choisir u' et v : On pose v(x) = x (algébrique, se simplifie en derivant) et u'(x) =$$e^x $$. Alors v'(x) = 1 et u(x) =$$e^x $$.
- Appliquer la formule IPP : I = [x*$$e^x $$] entre 0 et 1 - intégrale de 0 a 1 de 1*$$e^x $$ dx = (1*$e^1$ - 0*$e^0$) - [$$e^x $$] entre 0 et 1.
- Calculer : I = e - ($e^1$ -$e^0$) = e - (e - 1) = e - e + 1 = 1.
Exemple : Calculer J = intégrale de 1 a e de $ln(x)$dx.
- Choisir u' et v : On ecrit $ln(x)$ = 1 *$ln(x)$. On pose v(x) =$ln(x)$ et u'(x) = 1. Alors v'(x) = 1/x et u(x) = x.
- Appliquer IPP : J = [x*$ln(x)$] entre 1 et e - intégrale de 1 a e de x*(1/x)dx = [x*$ln(x)$] entre 1 et e - intégrale de 1 a e de 1 dx.
- Calculer : [x*$ln(x)$] entre 1 et e = e*$ln(e)$ - 1*$ln(1)$ = e*1 - 0 = e. intégrale de 1 a e de 1 dx = e - 1. Donc J = e - (e - 1) = 1.
Exemple : Calculer K = intégrale de 0 a pi de x*cos(x)dx.
- Choisir u' et v : On pose v(x) = x et u'(x) = cos(x). Alors v'(x) = 1 et u(x) = sin(x).
- Appliquer IPP : K = [x*sin(x)] entre 0 et pi - intégrale de 0 a pi de sin(x)dx.
- Calculer : [x*sin(x)] entre 0 et pi = pi*sin(pi) - 0*sin(0) = 0 - 0 = 0. intégrale de 0 a pi de sin(x)dx = [-cos(x)] entre 0 et pi = -cos(pi) + cos(0) = 1 + 1 = 2. Donc K = 0 - 2 = -2.
⚠️ Attention : Le choix de u' et v est crucial. Un mauvais choix peut compliquer l'intégrale au lieu de la simplifier. Par exemple, pour x*e^x, si on pose v = e^x et u' = x, on obtient u = x^2/2 et v' = e^x, et l'intégrale de (x^2/2)*e^x est plus difficile. Suivre la regle LATE evite ce piege.
Conclusion
Le calcul integral est un outil fondamental qui unifie les notions de primitive, d'aire et de valeur moyenne. La formule F(b) - F(a) relie directement les primitives aux intégrales, tandis que les propriétés de linearite, Chasles et positivite permettent de manipuler les intégrales avec souplesse. Le calcul d'aires entre courbes et l'intégration par parties sont les deux techniques avancees qui completent ce chapitre. La maitrise de ces concepts est indispensable pour le BAC, ou les exercices d'intégration apparaissent presque systematiquement, souvent lies a des problemes de modelisation faisant intervenir des équations differentielles et des études de fonctions.
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