Cours complet : Fonction exponentielle
La fonction exponentielle, notee exp ou $$e^x $$, est l'une des fonctions les plus importantes en mathématiques et en sciences. Elle modelise les phenomenes de croissance et de decroissance : populations, désintégration radioactive, charge de condensateur, interets composés. définie comme l'unique fonction égale a sa propre dérivée et valant 1 en 0, elle possede des propriétés algébriques remarquables qui transforment les sommes en produits. En Terminale, l'exponentielle est indissociable du logarithme népérien dont elle est la reciproque. Ce chapitre couvre la définition et les propriétés algébriques, l'étude complete de la fonction (dérivée, variations, courbe), les limites fondamentales incluant les croissances comparées, la résolution d'équations et inéquations exponentielles, et la dérivée de fonctions composées $$e^u $$. La maitrise de ces notions est indispensable pour le BAC et constitue un prealable aux équations differentielles et a de nombreuses applications en physique-chimie et en sciences economiques.
Prérequis
- Logarithme népérien : définition, propriétés, courbe
- Notion de fonction reciproque (bijection)
- dérivation : regles de base et dérivée de fonctions composées
- Limites de fonctions : limites en l'infini et en un point
- équations du second degre : discriminant, solutions
- Puissances entieres et rationnelles
1. définition et propriétés algébriques
La fonction exponentielle est définie comme la reciproque de la fonction logarithme népérien. Pour tout réel x,$$e^x $$ est l'unique réel y strictement positif tel que $ln(y)$ = x. On ecrit y =$$e^x $$ ou y = exp(x). La relation fondamentale est : y =$$e^x $$ equivaut a x =$ln(y)$ (avec y > 0). Les valeurs remarquables sont $e^0$ = 1 (car $ln(1)$ = 0) et $e^1$ = e (car $ln(e)$ = 1), ou e = 2.71828... est la constante de néper. La propriété algébrique fondamentale de l'exponentielle est la transformation des sommes en produits : pour tous réels a et b,$e^(a+b)$ =$$e^a $$ *$$e^b $$. Cette propriété se demontre a partir des propriétés du logarithme. De cette relation decoulent toutes les autres :$e^(a-b)$ =$$e^a $$ /$$e^b $$,$e^(-a)$ = 1/$$e^a $$, ($$e^a $$)^n =$e^(na)$ pour tout entier n. Plus généralement, pour tout rationnel r,$e^(ra)$ = ($$e^a $$)^r. On a aussi $$e^a $$ *$e^(-a)$ =$e^0$ = 1, ce qui montre que $e^(-a)$ est l'inverse de $$e^a $$. Une consequence capitale est que $$e^x $$ > 0 pour tout réel x : l'exponentielle ne s'annule jamais et est toujours strictement positive. Cela decoule du fait que $$e^x $$ est un élément de ]0, +infini[ par définition.
Méthode — Simplifier une expression avec des exponentielles
- Identifier les sommes et differences dans les exposants
- Appliquer e^(a+b) = e^a * e^b pour transformer les produits
- Appliquer e^(a-b) = e^a / e^b pour transformer les quotients
- Utiliser e^(-a) = 1/e^a pour les exposants negatifs
- Appliquer (e^a)^n = e^(na) pour les puissances
- Utiliser les valeurs remarquables e^0 = 1 et e^1 = e
Exemple : Simplifier A = ($e^3$ *$e^(-1)$) /$e^4$ et B = ($e^(2x)$)^3 *$e^(-x)$.
- Simplifier A : A =$e^(3+(-1)$) /$e^4$ =$e^2$ /$e^4$ =$e^(2-4)$ =$e^(-2)$ = 1/$e^2$.
- Simplifier B : B =$e^(2x*3)$ *$e^(-x)$ =$e^(6x)$ *$e^(-x)$ =$e^(6x + (-x)$) =$e^(5x)$.
⚠️ Attention : ATTENTION : e^(a+b) n'est PAS égal a e^a + e^b. L'exponentielle d'une somme est un PRODUIT, pas une somme. De meme, e^(a*b) n'est PAS égal a e^a * e^b ; c'est (e^a)^b. Bien distinguer les opérations dans l'exposant.
2. Fonction exponentielle
La fonction exponentielle f(x) =$$e^x $$ est définie et derivable sur R tout entier. Sa propriété la plus remarquable est qu'elle est égale a sa propre dérivée : ($$e^x $$)' =$$e^x $$. C'est d'ailleurs l'unique fonction f derivable sur R verifiant f' = f et f(0) = 1. Cette propriété simplifie considérablement les calculs de dérivées et intervient dans la résolution des équations differentielles y' = ky. La fonction exponentielle est toujours strictement positive : pour tout x réel,$$e^x $$ > 0. Elle ne s'annule jamais et n'admet aucune racine. La dérivée $$e^x $$ etant toujours positive, la fonction est strictement croissante sur R. Le tableau de variation montre que f croit de 0 (non atteint, en -infini) a +infini. La courbe representative passe par le point (0, 1) et a pour tangente en ce point la droite y = x + 1 (car f(0) = 1 et f'(0) = 1). La courbe est convexe car la dérivée seconde f''(x) =$$e^x $$ > 0 pour tout x. La courbe de $$e^x $$ est la symetrique de la courbe de $ln(x)$ par rapport a la droite y = x, consequence de la reciprocite entre exp et ln. L'axe des abscisses (y = 0) est asymptote horizontale en -infini. La croissance de l'exponentielle est dite exponentielle : elle est plus rapide que toute croissance polynomiale.
Méthode — Utiliser les propriétés de l'exponentielle dans une étude de fonction
- La fonction e^x est définie sur R : pas de restriction de domaine pour exp seule
- dérivée : (e^x)' = e^x, toujours positive
- Consequence : exp est strictement croissante sur R
- Signe : e^x > 0 pour tout x, donc exp ne change pas de signe
- Pour l'étude du signe d'un produit f(x)*e^x, seul le signe de f(x) compte
- Limites : lim(-infini) = 0 et lim(+infini) = +infini
Exemple : déterminer l'équation de la tangente a la courbe de f(x) =$$e^x $$ au point d'abscisse x = 2.
- Calculer f(2) : f(2) =$e^2$. Le point de tangence est (2,$e^2$).
- Calculer f'(2) : f'(x) =$$e^x $$, donc f'(2) =$e^2$. La pente de la tangente est $e^2$.
- écrire l'équation de la tangente : y = f'(2)(x - 2) + f(2) =$e^2$(x - 2) +$e^2$ =$e^2$ * x - 2*$e^2$ +$e^2$ =$e^2$ * x -$e^2$ =$e^2$(x - 1).
⚠️ Attention : Ne pas croire que e^x peut etre negatif ou nul. L'exponentielle est TOUJOURS strictement positive. Si dans un exercice vous trouvez e^x = -3, il n'y a AUCUNE solution. C'est une erreur classique de ne pas vérifier cette condition.
3. Limites et croissances comparées
Les limites fondamentales de la fonction exponentielle sont :$lim(x -> +infini)$$$e^x $$ = +infini et $lim(x -> -infini)$$$e^x $$ = 0. En +infini, l'exponentielle croit sans borne et plus rapidement que toute fonction polynomiale. En -infini, l'exponentielle tend vers 0 sans jamais l'atteindre : l'axe des abscisses est asymptote horizontale. Les croissances comparées expriment la domination de l'exponentielle sur les puissances. Pour tout entier n >= 1,$lim(x -> +infini)$$$e^x $$ /$x^n $ = +infini : en +infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de x. De maniere equivalente,$lim(x -> +infini)$$x^n $ /$$e^x $$ = 0. En -infini, la situation est duale : pour tout entier n >= 1,$lim(x -> -infini)$$x^n $ *$$e^x $$ = 0, ce qui signifie que $$e^x $$ tend vers 0 plus vite que toute puissance de x ne tend vers l'infini. Ces résultats sont les symetriques de ceux du logarithme népérien et constituent des outils indispensables pour lever des formes indeterminees du type infini/infini ou 0 * infini. En pratique, dans tout conflit entre une exponentielle et une puissance, l'exponentielle gagne toujours. Ce principe est la clé des exercices de limites au BAC. On l'utilise également sous la forme $lim(x -> +infini)$$$e^x $$ / x = +infini, qui est le cas particulier n = 1.
Méthode — Calculer une limite avec des exponentielles (croissances comparées)
- Identifier la forme indeterminee (infini*0, infini/infini, infini-infini, etc.)
- Reperer le conflit entre e^x (ou e^(-x)) et une puissance de x
- Si la forme est e^x/x^n en +infini : la limite est +infini (exp gagne)
- Si la forme est x^n*e^x en -infini : la limite est 0 (exp gagne)
- Si la forme est x^n*e^(-x) en +infini : poser t = -x et se ramener a -infini
- Pour des formes plus complexes, factoriser par le terme dominant et appliquer les croissances comparées
Exemple : Calculer $lim(x -> +infini)$ ($x^3$ + 2x) *$e^(-x)$.
- Identifier la forme indeterminee : $x^3$ + 2x -> +infini et $e^(-x)$ -> 0 quand x -> +infini. Forme indeterminee +infini * 0.
- Reecrire l'expression : On ecrit ($x^3$ + 2x)*$e^(-x)$ =$x^3$*$e^(-x)$ + 2x*$e^(-x)$.
- Appliquer les croissances comparées : $lim(x -> +infini)$$x^3$*$e^(-x)$ = 0 et $lim(x -> +infini)$ x*$e^(-x)$ = 0 par croissance comparee. Donc la somme tend vers 0 + 0 = 0.
⚠️ Attention : Attention au signe de l'exposant ! lim(x -> +infini) x^n * e^x = +infini (pas de conflit, les deux tendent vers +infini). Le conflit n'apparait que quand l'exponentielle tend vers 0, c'est-a-dire pour e^(-x) en +infini ou e^x en -infini.
4. équations et inéquations avec exp
La résolution d'équations et d'inéquations exponentielles repose sur l'injectivite de l'exponentielle : si $$e^a $$ =$$e^b $$, alors a = b. C'est une consequence de la stricte croissance de exp. Pour résoudre $e^(f(x)$) = a avec a > 0, on passe au logarithme : f(x) =$ln(a)$. Si a <= 0, l'équation n'a pas de solution car $$e^x $$ > 0 toujours. Pour résoudre $e^(f(x)$) =$e^(g(x)$), on simplifie directement en f(x) = g(x), sans condition supplementaire car exp est définie sur R. Pour les inéquations,$e^(f(x)$) >$e^(g(x)$) equivaut a f(x) > g(x) car exp est strictement croissante (elle conserve le sens des inégalités). L'inéquation $e^(f(x)$) > a avec a > 0 se transforme en f(x) >$ln(a)$. Si a <= 0, l'inéquation est toujours verifiee car $e^(f(x)$) > 0 > a. Le passage au logarithme népérien est l'outil principal : appliquer ln aux deux membres d'une équation exponentielle permet de la lineariser. Par exemple, 2^x = 5 donne x*$ln(2)$ =$ln(5)$, soit x =$ln(5)$/$ln(2)$. Le changement de variable X =$$e^x $$ peut aussi etre utile : une équation comme $e^(2x)$ - 3*$$e^x $$ + 2 = 0 se transforme en $X^2$ - 3X + 2 = 0 avec X =$$e^x $$ > 0.
Méthode — résoudre une équation exponentielle
- vérifier que le second membre est strictement positif (sinon pas de solution)
- Si l'équation est de la forme e^(f(x)) = e^(g(x)) : simplifier en f(x) = g(x)
- Si l'équation est de la forme e^(f(x)) = a (a > 0) : écrire f(x) = ln(a)
- Si l'équation contient e^(2x) et e^x : poser X = e^x et résoudre l'équation polynomiale en X
- résoudre l'équation obtenue
- Si changement de variable : revenir a x avec x = ln(X) et vérifier X > 0
Exemple : résoudre l'équation $e^(2x)$ - 5*$$e^x $$ + 6 = 0.
- Changement de variable : On pose X =$$e^x $$, avec X > 0. Alors $e^(2x)$ = ($$e^x $$)^2 =$X^2$. L'équation devient $X^2$ - 5X + 6 = 0.
- résoudre en X : $Delta $ = 25 - 24 = 1. X = (5+1)/2 = 3 ou X = (5-1)/2 = 2. Les deux solutions sont positives, donc valides.
- Revenir a x : Si $$e^x $$ = 3, alors x =$ln(3)$. Si $$e^x $$ = 2, alors x =$ln(2)$.
⚠️ Attention : Si dans une équation on obtient e^x = -2 ou e^x = 0, il n'y a PAS de solution car l'exponentielle est toujours strictement positive. Rejeter systematiquement les valeurs negatives ou nulles lors du changement de variable X = e^x.
5. dérivée de e^u
Lorsqu'on composé la fonction exponentielle avec une fonction u derivable, la dérivée de f(x) =$e^(u(x)$) est donnee par la formule f'(x) = u'(x) *$e^(u(x)$). Cette formule se deduit de la regle de dérivation des fonctions composées appliquee a exp. En pratique, pour dériver $e^(u(x)$), on multiplie $e^(u(x)$) par la dérivée de l'exposant u'(x). Par exemple, si f(x) =$e^(3x+1)$, alors u(x) = 3x+1, u'(x) = 3, et f'(x) = 3*$e^(3x+1)$. Les fonctions classiques du BAC incluent x*$$e^x $$ (dérivée : (1+x)*$$e^x $$ = (x+1)*$$e^x $$), x*$e^(-x)$ (dérivée : (1-x)*$e^(-x)$),$e^(-$x^2$)$ et $x^2$*$$e^x $$. Pour étudier le signe de la dérivée d'une fonction contenant $$e^u $$, on factorise par $$e^u $$ qui est toujours positif : le signe de f'(x) ne depend que du facteur restant. L'étude de fonctions comme f(x) = x*$e^(-x)$ est un grand classique du BAC : domaine R, dérivée (1-x)*$e^(-x)$, signe de 1-x (positif pour x < 1, negatif pour x > 1), maximum en x = 1 valant f(1) =$e^(-1)$ = 1/e, limites en -infini et +infini par croissances comparées. La formule ($$e^u $$)' = u'*$$e^u $$ est aussi utile pour reconnaitre des primitives : si une expression est de la forme u'*$$e^u $$, sa primitive est $$e^u $$ + C.
Méthode — étude complete d'une fonction avec exp
- déterminer le domaine de définition (généralement R pour les fonctions avec exp)
- Calculer la dérivée en utilisant (e^u)' = u'*e^u et les regles de dérivation
- Factoriser la dérivée par e^(quelque chose) qui est toujours > 0
- étudier le signe du facteur restant pour déterminer les variations
- Calculer les limites aux bornes en utilisant les croissances comparées si nécessaire
- déterminer les asymptotes (horizontale en -infini ou +infini)
- Calculer les valeurs aux points remarquables (extremum)
- Dresser le tableau de variation et tracer la courbe
Exemple : étudier les variations de f(x) = (2x - 1) *$e^(-x)$ sur R.
- Domaine de définition : f est définie sur R (produit de fonctions définies sur R).
- Calcul de la dérivée : f'(x) = 2*$e^(-x)$ + (2x-1)*(-1)*$e^(-x)$ =$e^(-x)$ * [2 - (2x-1)] =$e^(-x)$ * (3 - 2x).
- Signe de f'(x) : $e^(-x)$ > 0 toujours. Le signe de f'(x) depend de (3 - 2x). f'(x) = 0 <=> 3 - 2x = 0 <=> x = 3/2. f'(x) > 0 pour x < 3/2 et f'(x) < 0 pour x > 3/2.
- Extremum : f admet un maximum en x = 3/2 : f(3/2) = (2*(3/2) - 1)*$e^(-3/2)$ = 2*$e^(-3/2)$.
- Limites : $lim(x -> +infini)$ f(x) : (2x-1) -> +infini et $e^(-x)$ -> 0. Par croissance comparee, x*$e^(-x)$ -> 0, donc f(x) -> 0.$lim(x -> -infini)$ f(x) : (2x-1) -> -infini et $e^(-x)$ -> +infini. On ecrit f(x) = (2x-1)*$e^(-x)$, x -> -infini. Puisque $e^(-x)$ croit plus vite, lim = -infini.
⚠️ Attention : Lors du calcul de la dérivée de (2x-1)*e^(-x), ne pas oublier le signe moins dans la dérivée de e^(-x). (e^(-x))' = -e^(-x) et non e^(-x). Le signe moins dans l'exposant produit un facteur -1 supplementaire.
Conclusion
La fonction exponentielle est un pilier du programme de Terminale, intimement liee au logarithme népérien. La maitrise de ses propriétés algébriques (sommes transformees en produits), de son étude analytique (dérivée égale a elle-meme, signe toujours positif, croissance stricte), des limites et croissances comparées (l'exponentielle domine toute puissance), de la résolution d'équations et inéquations, et de la dérivée de fonctions composées e^u est incontournable pour le BAC. Ces notions trouvent des applications directes en physique (radioactivite, circuits RC), en biologie (croissance de populations) et en economie (interets composés).
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