Cours complet : Sommes de variables aléatoires
Ce chapitre porte sur les propriétés de l'esperance et de la variance lorsqu'on combine des variables aleatoires par addition ou par transformation linéaire. Ces résultats sont parmi les plus puissants du programme de Terminale en probabilités car ils permettent de calculer rapidement les parametres de situations complexes sans avoir a déterminer la loi complete de la variable. La linearite de l'esperance est une propriété universelle qui s'applique toujours, que les variables soient indépendantes ou non. En revanche, l'additivite de la variance ne vaut que pour des variables indépendantes, ce qui est un point crucial a retenir. Ces outils permettent de retrouver les formules E(X) = np et V(X) = npq de la loi binomiale, de modeliser des jeux de hasard, d'étudier des sommes de résultats experimentaux et de preparer la comprehension de la loi des grands nombres. Ce chapitre fait le lien entre le calcul élémentaire de probabilités et les outils statistiques avances utilises dans tous les domaines scientifiques.
Prérequis
- Variable aléatoire : définition, valeurs prises, loi de probabilité
- Esperance E(X) = somme de xi * P(X = xi)
- Variance V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2 et ecart-type sigma(X) =$sqrt{V(X)}$
- Loi de Bernoulli et loi binomiale B(n,p)
- Notion d'indépendance de deux événements
- Calcul algébrique : developpement, factorisation
1. Variables aleatoires : rappels et complements
Une variable aléatoire X sur un univers Omega est une fonction qui associée a chaque issue un nombre réel. La loi de probabilité de X est la donnee de toutes les valeurs prises par X et de leurs probabilités respectives. On la presente souvent sous forme de tableau. L'esperance de X est définie par E(X) = somme de xi * P(X = xi) pour toutes les valeurs xi prises par X. C'est la moyenne ponderee des valeurs par leurs probabilités, et elle represente la valeur moyenne de X sur un grand nombre de répétitions. La variance de X mesure la dispersion des valeurs autour de l'esperance. Elle est définie par V(X) = E[(X - E(X))^2] = somme de (xi - E(X))^2 * P(X = xi). La formule de Koenig-Huygens fournit une méthode de calcul equivalente et souvent plus pratique : V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2. Pour l'utiliser, on calcule d'abord E(X^2) = somme de xi^2 * P(X = xi), puis on soustrait le carré de E(X). L'ecart-type sigma(X) =$sqrt{V(X)}$ est exprime dans la meme unite que X et donne une mesure directe de la dispersion. Plus la variance est grande, plus les valeurs de X sont dispersees autour de la moyenne. Rappelons que pour une variable de Bernoulli X de parametre p : E(X) = p, V(X) = pq, sigma(X) =$sqrt{pq}$. Ces rappels sont essentiels car toutes les propriétés de ce chapitre s'appuient sur ces définitions.
Méthode — Calculer E(X) et V(X) a partir du tableau de loi
- Dresser le tableau de la loi de X : valeurs xi et probabilités P(X = xi)
- vérifier que la somme des probabilités vaut 1
- Calculer E(X) = somme de xi * P(X = xi)
- Calculer E(X^2) = somme de xi^2 * P(X = xi)
- Appliquer V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2
- En deduire sigma(X) =$sqrt{V(X)}$
Exemple : On lance un de equilibre a 6 faces. Soit X le numero obtenu. Calculer E(X), V(X) et sigma(X).
- Tableau de loi : X prend les valeurs 1, 2, 3, 4, 5, 6, chacune avec probabilité 1/6.
- Calculer E(X) : E(X) = (1+2+3+4+5+6)/6 = 21/6 = 3.5.
- Calculer E(X^2) puis V(X) : E(X^2) = (1+4+9+16+25+36)/6 = 91/6 environ 15.167. V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2 = 91/6 - (7/2)^2 = 91/6 - 49/4 = (182 - 147)/12 = 35/12 environ 2.917.
- Ecart-type : sigma(X) =$sqrt{35/12}$ environ 1.708.
⚠️ Attention : Ne pas confondre E(X^2) et [E(X)]^2. Ce ne sont pas egaux en général. E(X^2) est toujours supérieur ou égal a [E(X)]^2 (car V(X) >= 0). Oublier le carré dans la formule de Koenig-Huygens est une erreur frequente.
2. Somme de variables aleatoires : esperance et variance
La propriété fondamentale de l'esperance est sa linearite : pour toutes variables aleatoires X et Y définies sur le meme univers, et pour tous réels a et b, on a E(aX + bY) = aE(X) + bE(Y). Cette propriété est vraie sans aucune condition sur X et Y : elle s'applique que les variables soient indépendantes ou non, correlees ou non. En particulier, E(X + Y) = E(X) + E(Y) (toujours) et E(aX + b) = aE(X) + b. Cette linearite se generalise a n variables : E(X1 + X2 + ... + Xn) = E(X1) + E(X2) + ... + E(Xn). Pour la variance, la situation est differente. En général, V(X + Y) n'est pas égal a V(X) + V(Y). La formule V(X + Y) = V(X) + V(Y) n'est valable que si X et Y sont indépendantes. C'est une condition nécessaire a vérifier systematiquement. Si X et Y sont indépendantes, alors V(aX + bY) = a^2 * V(X) + b^2 * V(Y). Attention : les coefficients a et b sont eleves au carré dans la formule de la variance. De plus, V(aX + b) = a^2 * V(X) (la constante b disparait car elle ne change pas la dispersion). L'ecart-type de aX + b est |a| * sigma(X). Ces propriétés permettent de calculer rapidement l'esperance et la variance de combinaisons linéaires de variables aleatoires indépendantes sans connaitre la loi complete de la somme.
Méthode — Calculer E et V d'une combinaison linéaire
- Identifier les variables X, Y, ... et les constantes a, b, ...
- Calculer l'esperance par linearite : E(aX + bY + c) = aE(X) + bE(Y) + c
- vérifier si les variables sont indépendantes
- Si indépendantes : V(aX + bY + c) = a^2*V(X) + b^2*V(Y)
- Si non indépendantes : on ne peut pas utiliser l'additivite de la variance
- Calculer l'ecart-type : sigma =$sqrt{V}$
Exemple : Soient X et Y deux variables aleatoires indépendantes avec E(X) = 3, V(X) = 4, E(Y) = -1, V(Y) = 9. Calculer E(2X - 3Y + 5) et V(2X - 3Y + 5).
- Calculer l'esperance : Par linearite : E(2X - 3Y + 5) = 2*E(X) - 3*E(Y) + 5 = 2*3 - 3*(-1) + 5 = 6 + 3 + 5 = 14.
- Calculer la variance : X et Y sont indépendantes, donc V(2X - 3Y + 5) = 2^2*V(X) + (-3)^2*V(Y) + 0 = 4*4 + 9*9 = 16 + 81 = 97. La constante 5 ne contribue pas a la variance.
- Ecart-type : sigma =$sqrt{97}$ environ 9.85.
⚠️ Attention : Erreur tres frequente : écrire V(X + Y) = V(X) + V(Y) sans vérifier l'indépendance. Si X et Y ne sont pas indépendantes, cette formule est fausse. Autre erreur : oublier d'elever au carré les coefficients dans la variance, par exemple écrire V(2X) = 2V(X) au lieu de V(2X) = 4V(X).
3. indépendance de variables aleatoires
Deux variables aleatoires X et Y sont dites indépendantes si, pour toutes valeurs xi et yj, les événements (X = xi) et (Y = yj) sont independants, c'est-a-dire P(X = xi et $Y = yj) = P(X = xi) * P(Y = yj)$. Cette condition doit etre verifiee pour tous les couples (xi, yj) de valeurs possibles. L'indépendance de variables aleatoires generalise l'indépendance d'événements. En pratique, on ne vérifié pas toujours cette condition formellement : on l'identifié a partir du contexte de l'experience. Par exemple, si deux des sont lances separement, les variables representant les numeros obtenus sont indépendantes. Si on tire sans remise deux cartes d'un jeu, les variables ne sont pas indépendantes. L'indépendance a des consequences fondamentales : si X et Y sont indépendantes, alors E(XY) = E(X) * E(Y) (l'esperance du produit est le produit des esperances), et V(X + Y) = V(X) + V(Y) (additivite de la variance). La reciproque est fausse en général : E(XY) = E(X)*E(Y) n'implique pas l'indépendance. On generalise a n variables : X1, X2, ..., Xn sont mutuellement indépendantes si pour tout sous-ensemble d'indices, les événements correspondants sont independants. Dans un schema de Bernoulli, les n variables de Bernoulli X1, ..., Xn sont mutuellement indépendantes par hypothèse. C'est ce qui permet d'écrire V(X1 + ... + Xn) = V(X1) + ... + V(Xn).
Méthode — vérifier l'indépendance de deux variables aleatoires
- Identifier les valeurs possibles de X et de Y
- Pour chaque couple (xi, yj), calculer P(X = xi et Y = yj)
- Calculer P(X = xi) * P(Y = yj) pour chaque couple
- Comparer : si égalité pour tous les couples, X et Y sont indépendantes
- Si au moins un couple ne vérifié pas l'égalité, X et Y ne sont pas indépendantes
- Alternative : utiliser le contexte pour conclure directement (experiences separees = indépendance)
Exemple : On lance deux des equilibres. Soit X le résultat du premier de et Y le résultat du second. Montrer que X et Y sont indépendantes. Soit $S = X + Y $. Calculer E(S) et V(S).
- indépendance : Les deux des sont lances separement, les résultats ne s'influencent pas. Pour tout couple (i,j) avec 1 <= i,j <= 6 : P(X=i et $Y = j) = 1/36 = (1/6)*(1/6) = P(X=i)*P(Y=j)$. Donc X et Y sont indépendantes.
- Calculer E(S) : Par linearite : E(S) = E(X + Y) = E(X) + E(Y) = 3.5 + 3.5 = 7.
- Calculer V(S) : X et Y sont indépendantes, donc V(S) = V(X) + V(Y) = 35/12 + 35/12 = 70/12 = 35/6 environ 5.833.
⚠️ Attention : Ne pas confondre indépendance et incompatibilite (événements disjoints). Deux événements incompatibles ne sont jamais independants (sauf si l'un est de probabilité nulle). L'indépendance signifie que la connaissance de l'un ne modifie pas la probabilité de l'autre.
4. Loi des grands nombres : introduction par la moyenne d'echantillon
Considerons n variables aleatoires X1, X2, ..., Xn indépendantes et de meme loi, ayant toutes la meme esperance $mu = E(Xi) et la meme variance sigma^2 = V(Xi)$. On définit la moyenne de l'echantillon par $Mn = (X1 + X2 + $... + Xn) / n. C'est la variable aléatoire qui represente la moyenne arithmetique des n observations. En utilisant les propriétés de linearite de l'esperance, on obtient : E(Mn) = E((X1 + ... + Xn)/n) = (E(X1) + ... + E(Xn))/n = n*mu/n = mu. Ainsi, l'esperance de la moyenne d'echantillon est égale a l'esperance commune mu, quelle que soit la taille n de l'echantillon. Pour la variance, comme les Xi sont indépendantes : V(Mn) = V((X1 + ... + Xn)/n) = (1/n^2) * [V(X1) + ... + V(Xn)] = (1/n^2) * n*sigma^2 = sigma^2/n. L'ecart-type de Mn est sigma(Mn) = sigma/$sqrt{n}$. Le résultat fondamental est que V(Mn) = sigma^2/n tend vers 0 quand n tend vers l'infini. Cela signifie que la moyenne d'echantillon se concentre de plus en plus autour de mu quand la taille de l'echantillon augmente. C'est le point de depart de la loi des grands nombres, qui sera etudiee en detail dans le chapitre suivant. En pratique, cela explique pourquoi un sondage sur 1000 personnes est plus fiable qu'un sondage sur 100 personnes : la dispersion de la moyenne est divisee par $sqrt{10}$ environ 3.16.
Méthode — Calculer E(Mn) et V(Mn) pour un echantillon
- Identifier la loi commune des Xi : déterminer $mu = E(Xi) et sigma^2 = V(Xi)$
- vérifier que les Xi sont indépendantes et de meme loi (iid)
- Appliquer E(Mn) = mu
- Appliquer V(Mn) = sigma^2 / n
- Calculer sigma(Mn) = sigma /$sqrt{n}$
- Interpreter : plus n est grand, plus Mn est concentree autour de mu
Exemple : On lance un de equilibre 100 fois et on note Mn la moyenne des 100 résultats. Calculer E(Mn), V(Mn) et sigma(Mn). Comparer avec un seul lancer.
- Parametres d'un lancer : Pour un de equilibre, E(Xi) = 3.5 et V(Xi) = 35/12 environ 2.917.
- Parametres de la moyenne : E(Mn) = mu = 3.5 (la moyenne attendue ne change pas). V(Mn) = sigma^2/n = (35/12)/100 = 35/1200 environ 0.02917. sigma(Mn) =$sqrt{35/1200}$ environ 0.1708.
- Comparer : Pour un seul lancer : sigma = 1.708. Pour la moyenne de 100 lancers : sigma(Mn) = 0.171. L'ecart-type est divise par $sqrt{100}$ = 10. La moyenne de 100 lancers est beaucoup plus concentree autour de 3.5.
⚠️ Attention : Attention : V(Mn) = sigma^2/n et non sigma^2*n. Quand on divise par n (moyenne), la variance est aussi divisee par n (et non multipliee). En revanche, pour la somme $Sn = X1 + $... + Xn, V(Sn) = n*sigma^2. Ne pas confondre la variance de la moyenne et la variance de la somme.
Conclusion
Les propriétés de linearite de l'esperance et d'additivite de la variance (sous indépendance) sont des outils fondamentaux pour l'analyse des variables aleatoires. Elles permettent de calculer rapidement les parametres de combinaisons linéaires et de sommes de variables. La formule V(Mn) = sigma^2/n pour la moyenne d'echantillon est le résultat clé qui conduit a la loi des grands nombres et aux methodes d'estimation statistique.
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